Nous ne sommes pas obsédés, mais vive le nu à Orsay!

Un imposant, beau et éclairé Mercure alimente notre curiosité et nous assure une exposition réussie. Neuf salles se nourrissent de très nombreux tableaux et statues datés du XVIIe siècle à nos jours (bien que l’intitulé de l’expo soit « de 1800 à nos jours », on trouve quelques tableaux des XVIIe et XVIIIe siècles). Une telle amplitude chronologique pourrait rendre toute exposition plus que cacophonique, mais M. Rey et Mme Ferrier, commissaires de l’exposition sont arrivé à faire en sorte que l’excès de corps nus ne donnent lieu ni à la débauche dans la salle ni à la surexposition. Et non, à la fin on n’a pas marre des culs d’hommes, même si ce n’est pas trop notre affaire préférée.

Le corps féminin pourrait paraître par essence plus sujet à la beauté qu’un corps masculin. Cette exposition parvient alors, sinon à inverser une telle opinion, tout du moins à rehausser cet image. Les œuvres, majoritairement des tableaux, sont une ode au corps des hommes, et mettent en scène leur beauté et leur poésie. Mais vous trouverez tout de même des sculptures imposantes, tel Act of Hysteria de la géniale Louise Bourgeois. La particularité de cette exposition tient à la période couverte, plus de quatre siècles. Elle permet alors tout autant de s’extasier sur la virtuosité de peintres tels que Bouguereau et sa Flagellation du Christ que de rire avec l’interprétation d’Orlan dans L’Origine de la guerre. La déambulation se faisait suivants des thèmes éclectiques : des salles consacrées aux corps divinisés tels des statues grecques ; aux bien plus réalistes et crus ; mais aussi aux corps représentés dans la nature, comme cette magnifique photographie de Koppitz intitulée Dans les bras de la nature.

orlanpetit

SURPRISE!! (désolé si vous êtes mineur, le dommage est fait) L’Origine de la guerre, Orlan.

 

Le fait d’être seulement la deuxième exposition européenne sur le nu masculin s’explique par la surreprésentation du corps féminin au cours du XIXe siècle. Ces romantiques plus que coquins remplacent alors la tradition antique de considérer le corps masculin comme parfait pour focaliser sur les descendantes d’Ève et leurs contours. Si c’était encore dans les années 1970 ou 1980, on nous dirait de boycotter l’expo : « c’est du machisme », diraient les féministes-die hard ! Cette contextualisation, par comparaison à l’Antiquité greco-romaine, est non seulement expliquée, mais illustrée, avec par exemple la statue du Faune Barberini dans la première salle (une petite blague est faite avec la lumière : on peut voir dans l’ombre un deuxième visage, sous le bras de cet impressionnant faune).

Assez présents dans l’esprit des artistes, les corps glorieux des martyrs gagnent également leur place ; tout comme ceux inspirant le désir, puis représentant la tentation. Ces thèmes et bien d’autres faisaient découvrir par la même occasion l’évolution de l’art à travers les siècles, car la vision de l’homme nu correspond aussi aux mœurs, aux tabous, aux techniques ou aux écoles de l’époque donnée. D’où les corps crus de Lucian Freud à la fin du XXème siècle ou l’émergence des références homosexuelles dans la dernière salle, la tentation. On trouve alors, finalement, un tableau géant de Jean Delville, L’école de Platon, où se met en scène le « philosophe » (qui est en fait le Christ) autour de ses « disciples », au nombre de 12. Pas besoin d’évoquer la référence. Sauf que cette Cène montre ses membres complètement nus, dans des positions qui rendrait Elton John tout souriant (« J’avais raison, sur Jésus ! »).

L’école de Platon, Jean Delville.

 

Du 24 septembre au 2 janvier au musée d’Orsay.

Amélie et Henrique.

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